Quels sont les problèmes associés à l'eau embouteillée?
Déchets
Une des principales préoccupations concernant l'eau embouteillée porte sur la quantité de déchets produits. Bien que toutes les bouteilles de plastique soient faites de matériel recyclable, les taux de recyclage au Canada sont estimés à aussi peu que 10 % dans certaines régions; en Ontario, une étude a constaté que les taux de recyclage des bouteilles de boisson en plastique n'étaient que de 35 %.
Les bouteilles qui ne sont pas recyclées se retrouvent dans les décharges, où elles prennent plus de 1 000 ans à se décomposer. L'incinération du plastique n'est pas une option viable puisqu'elle produit du chlore gazeux et des cendres contenant des métaux lourds. Dans de nombreux cas, les bouteilles d'eau sont expédiées à l'étranger à des fins d'élimination.
Les émissions de CO2 pour le transport
Au moment où bien des gens cherchent des façons de réduire leur bilan carbone, la diminution ou l'élimination de notre consommation d'eau embouteillée est l'une des solutions les plus faciles. Les bouteilles en PTE sont faites à partir de pétrole brut; aux États-Unis seulement, 1,5 million de barils de pétrole servent chaque année à la production de bouteilles d'eau. Cette quantité de pétrole pourrait alimenter 100 000 voitures états-uniennes durant un an. De plus, près du quart de toutes les bouteilles d'eau sont exportées. Le restaurateur canadien Jamie Kennedy se demande à juste titre pourquoi on importe de l'eau de Fidji dans un pays qui contient plus d'eau que la plupart des autres pays du monde.
Les coûts pour la population
L'eau embouteillée peut provenir de sources naturelles souterraines ou de surface, ou des services d'eau municipaux. Étant donné l'accroissement de la consommation d'eau embouteillée, cette façon de faire peut imposer des contraintes non seulement à nos ressources naturelles, mais aussi à l'infrastructure et aux services d'eau municipaux.
Eau embouteilléeÀ l'heure actuelle, en Ontario, le fabricant qui puise de l'eau d'une source naturelle ne paie que le permis d'autorisation de retrait de l'eau, mais ne paie rien pour la ressource comme telle. Une fois que l'eau est embouteillée et transformée en produit, elle est vendue au consommateur avec une généreuse marge bénéficiaire, qui parfois peut atteindre 10 000 fois le prix de l'eau du robinet provenant de la même région. En 2004, le ministère de l'Environnement de l'Ontario, qui gère le processus de permis de prélèvement d'eau, a estimé qu'il avait octroyé aux sociétés d'embouteillage des permis leur permettant de pomper gratuitement quelque 1 800 milliards de litres par année des aquifères souterrains. Si ces 1 800 milliards de litres étaient vendus dans des bouteilles d'un litre, au prix de 2 $ chacune, on en tirerait 3,6 milliards de dollars par année. C'est là un revenu engrangé par des sociétés privées pour une ressource publique pour laquelle l'entreprise n'a presque rien payé.
On peut aussi tirer l'eau d'une source municipale et l'embouteiller. Deux des marques les plus vendues en Amérique du Nord, soit Aquafina, embouteillée par Pepsi Co., et Dasani, embouteillée par Coca Cola, proviennent toutes deux de sources municipales; en fait, 40 % de toute l'eau embouteillée provient du robinet. On s'inquiète du fait que même si ces fabricants paient un peu plus pour leur eau que ceux qui la tirent d'une source naturelle, ils embouteillent et vendent de l'eau d'une qualité semblable à celle qui coule des robinets des maisons, des commerces et des zones de loisirs, et en font payer le prix au consommateur. Le consommateur paie plus d'une fois pour cette eau embouteillée :
- en finançant l'infrastructure d'approvisionnement en eau municipale;
- en achetant de l'eau embouteillée;
- en finançant l'infrastructure municipale nécessaire pour gérer le recyclage et la mise en décharge des bouteilles récupérées, là encore par l'entremise des impôts.
Pourtant, le fabricant, qui profite de l'infrastructure, ne retourne presque rien au système et conserve tous les bénéfices tirés de la vente des bouteilles d'eau.
La lixiviation des plastiques et l'eau contaminée
Un certain nombre d'études portant sur l'eau embouteillée ont constaté la présence de quantités traces de contaminants. En 2000, une enquête sur l'eau embouteillée au Manitoba a trouvé certains échantillons qui dépassaient les Recommandations pour la qualité de l'eau potable au Canada concernant les matières dissoutes totales, le chlore et le plomb. Aux États-Unis, le National Resources Defence Council a réalisé des essais sur 1 000 bouteilles d'eau de 103 marques différentes et a constaté que le tiers contenait un contaminant, notamment : des produits organiques synthétiques, des produits chimiques, des bactéries et de l'arsenic. Un des échantillons dépassait les normes légales et industrielles. En 2006, une étude allemande portant sur l'eau embouteillée canadienne a trouvé de l'antimoine dans l'eau embouteillée à des concentrations de 375 parties par billion, un nombre qui avait presque doublé 6 mois plus tard, pour atteindre 626 parties par billion. Enfin, lorsque Coke a lancé son eau Dasani au Royaume-Uni en 2004, elle a dû retirer près d'un demi-million de bouteilles des tablettes en raison d'une contamination au bromate.
Bien que ces études aient soulevé des préoccupations, on n'a relevé que quelques rares cas de contamination supérieure aux normes de qualité de l'eau potable. Santé Canada affirme qu'on ne connaît aucune éclosion de maladie hydrique associée à l'eau embouteillée.
En règle générale, la plus grande préoccupation suscitée par l'eau embouteillée contaminée est la migration de bisphénol A à partir des bouteilles de plastique vers l'eau. Le bisphénol A est un composé organique qui mime les hormones. Un certain nombre d'études ont été réalisées sur la migration du bisphénol A et, dans chaque cas, on a conclu que les preuves confirment que le bisphénol A n'est pas un risque pour la santé humaine aux niveaux extrêmement faibles auxquels la population pourrait être exposée. Toutefois, les chercheurs approfondissent leurs connaissances au sujet des taux d'exposition et des effets du bisphénol A; les consommateurs devraient se familiariser avec les constatations scientifiques et prendre leurs propres décisions. Pour obtenir d'autres renseignements sur le bisphénol A.
Une autre préoccupation soulevée par l'eau embouteillée est la prolifération de bactéries et d'algues lorsque l'eau n'est pas entreposée comme il se doit, même si les bouteilles n'ont pas été ouvertes. L'entreposage de l'eau dans un endroit frais et sombre aidera à garantir que le produit conservera sa fraîcheur durant sa pleine durée de conservation, soit deux ans, bien que Santé Canada propose une durée de conservation d'un an. Elizabeth Griswold, de l'Association canadienne des eaux embouteillées, fait remarquer que l'eau embouteillée exposée à la lumière du soleil par temps très chaud peut produire des algues et devenir impropre à la consommation. Santé Canada affirme que même à la température de la pièce, le nombre de bactéries peut augmenter rapidement.
La meilleure façon de s'assurer que l'eau embouteillée demeure potable est de l'entreposer dans un milieu frais et sec à l'abri des rayons du soleil et des produits chimiques tels que les produits de nettoyage domestique et des solvants tels que l'essence, les diluants à peinture et d'autres matières toxiques.
Adapté de Christensen, Randy, Waterproof 2: Canada's Water Report Card, Sierra Legal Defence Fund, 2006; CM Consulting, An Overview of Plastic Bottle Recycling in Canada, Environment and Plastics Industry Council, 2004; Orr, Leah, From the Tap to the Bottle and Back Again, The Dominion, 23 avril 2005; Corporate Knights, Water is the Deal, and Water and Pollution Issues 2006; Arnold, Emily et Larsen, Janet, Bottled Water: Pouring Resources Down the Drain, Earth Policy Institute, 2 février 2006-1; Clarke, Tony, Inside the Bottle: An Expose of the Bottled Water Industry, Polaris Institute, 2005; et Agence canadienne d'inspection des aliments, Fiche d'information : Eau embouteillée, mars 2002