L’échange d’eau entre bassins et le prélèvement d’eau

Les barrages et les ouvrages de dérivation vont normalement ensemble : l'eau est accumulée derrière un barrage, puis retirée de son cours naturel pour être transférée ailleurs dans le même bassin hydrographique ou dans un autre bassin.

Depuis nombre d'années, les projets de redistribution du débit des cours d’eau vers des régions affichant une plus grande demande, que ce soit pour la production d'électricité ou pour un autre usage, ont consisté à réaliser des dérivations qui font appel à des modifications du cours des chenaux d’écoulement, à des canaux, à des pipelines ou à d’autres moyens semblables. Plus récemment, des entrepreneurs ont également proposé de transporter l'eau en vrac avec des navires ou des camions-citernes, mais le recours à de tels moyens a été limité jusqu'à maintenant.

On trouve des projets de dérivation entre bassins dans presque toutes les provinces. Le total du débit d’eau détournée actuellement entre les bassins versants est énorme —environ 4 500 mètres cubes par seconde. Aucun autre pays ne détourne autant d’eau ou ne concentre autant de débit pour un usage unique : la production d’énergie hydroélectrique. Certains des plus grands projets sont les installations électriques de la rivière La Grande (baie James), au Québec; la dérivation Churchill-Nelson, au Manitoba; et le projet de Churchill Falls au Labrador, tous des projets de production d’énergie hydroélectrique pris en charge par les pouvoirs publics. Le profil national des dérivations entre bassins a à peine changé au cours de la dernière décennie.

Bon nombre des problèmes associés à la dérivation de l’eau sont semblables aux problèmes suscités par les barrages en ce qui a trait aux coûts biophysiques et socioéconomiques multiples et à long terme. Toutefois, d’autres problèmes liés aux dérivations et prélèvements d’eau se sont manifestés. À la différence des barrages, qui empêchent dans la plupart des cas le passage des poissons, les dérivations entre bassins risquent d’occasionner le transfert de poissons indésirables et de parasites, bactéries et virus connexes présents dans l’eau d’un bassin versant ou d’une source éloignée vers un autre bassin où ils causeront des dommages.

Un autre problème a trait à la contribution des effluents d’eau douce à l’environnement marin. Les eaux de fonte du printemps provenant de l’intérieur induisent des remontées d’eau salée riches en substances nutritives des grandes profondeurs vers la surface, à un moment où les organismes marins en profitent le plus. Les barrages et les installations de dérivation réduisent déjà le courant d’eau douce naturelle du printemps de nombre de cours d’eau, et on constate des effets néfastes (sédimentation et pertes de substances nutritives) ainsi que des réductions des populations de poisson importantes pour les écosystèmes côtiers.

Pour en savoir davantage sur la dérivation de l’eau.

Les dérivations entre bassins sont répandues au Canada, mais aucune n’aboutit au sud de la frontière. De plus, le premier navire transportant de l’eau en vrac du Canada vers des marchés étrangers n’a pas encore levé l’ancre. Mais ce n’est pas parce que les entrepreneurs n’ont pas exercé de pressions sur les gouvernements fédéral et provinciaux pour qu’ils approuvent leurs plans.

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Adapté du rapport Menaces pour la disponibilité de l’eau au Canada de l’Institut national de recherche sur les eaux.